Monument Damas Aléka : Erick Mauro écroué à trois jours de la fête de l’indépendance
[Mise à jour du samedi 15 août 2026 : cet article a été complété avec des précisions sur le chef d’inculpation retenu contre l’architecte, ainsi que sur les circonstances réelles de l’accélération du chantier.]
Trois jours avant les célébrations du 17 août, le dossier du monument Damas Aléka connaît son dénouement le plus retentissant. L’architecte Erick Mauro Nguémah a été placé sous mandat de dépôt ce vendredi 14 août, poursuivi sur le fondement de l’article 379 du Code pénal gabonais, relatif à l’inexécution des marchés publics. Une issue judiciaire qui tranche avec l’effervescence désormais palpable sur l’esplanade, où le chantier, lui, s’apprête à livrer ses habits de fête.

Erick Mauro Nguémah, derrière les grilles, à trois jours de la probable inauguration du monument qu’il a porté pendant trois ans. (Illustration générée par IA) © GabonReview
C’est au tribunal de Libreville que s’est joué, ce vendredi, le sort d’Erick Mauro Nguémah. Entendu pendant plusieurs heures, l’architecte a vu sa garde à vue déboucher sur une décision de mandat de dépôt, entérinant sa première nuit en détention. L’information, d’abord rapportée par Média Afrique News, a depuis été confirmée par plusieurs bonnes sources judiciaires, dont des avocats et des membres de la presse spécialisée dans l’information judiciaire et juridique.
Cette décision intervient trois semaines après l’interpellation de l’architecte, le 27 juillet, et sa conduite à la Direction générale des recherches (DGR), où il avait alors passé plusieurs nuits. Des sources proches du dossier évoquaient à l’époque une garde à vue répondant à un simple besoin d’instruction, laissant entrevoir une issue rapide.
Le chef d’inculpation : l’article 379 du Code pénal
Erick Mauro Nguémah est poursuivi sur le fondement de l’article 379 du Code pénal gabonais, inscrit au chapitre VII, consacré à l’inexécution des marchés publics. Ce texte punit tout dirigeant d’entreprise ayant perçu paiement pour la réalisation de travaux publics et s’étant volontairement abstenu de leur exécution totale ou partielle, d’une peine pouvant aller jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 20 millions de francs d’amende, ou de l’une de ces deux peines seulement.
Au-delà de la sanction pénale, l’article prévoit un volet financier distinct : la personne morale concernée, en l’occurrence l’entreprise ayant contracté le marché public, encourt le remboursement intégral des sommes perçues au titre des travaux non exécutés. Cette obligation s’ajoute, sans s’y substituer, aux peines complémentaires que le juge peut prononcer en vertu de l’article 26 du Code pénal, ainsi qu’à d’éventuels dommages-intérêts réclamés par la partie civile. Le dispositif vise ainsi autant à sanctionner le dirigeant qu’à garantir la restitution des fonds publics engagés.
Un chantier repris en urgence
Contrairement à ce qu’une lecture rapide pourrait laisser penser, l’accélération récente du chantier n’est pas à mettre au crédit d’Erick Mauro Nguémah. Elle résulte de la mobilisation d’un groupement d’entreprises appelé en urgence pour finaliser les travaux. Interrogé sur place par l’influenceur Yannick Ndong Mba, le conducteur des travaux a indiqué que l’édifice, haut de 40 mètres, serait prêt dès le 16 août.
Cette reprise en main illustre, en creux, l’ampleur du chemin restant à parcourir au moment de l’interpellation de l’architecte, malgré trois années de travaux déjà écoulées.
Un dossier sous tension depuis plusieurs semaines
L’affaire du monument Damas Aléka avait déjà connu un rebondissement début juillet, avec la publication d’un mémorandum de l’Ordre gabonais des architectes mettant en cause plusieurs décisions prises depuis la Présidence : budget amputé, délais compressés, modifications imposées en cours de chantier. Ce document, présenté comme de nature à nuancer la responsabilité de l’architecte, avait suscité une réaction du Conseil national de l’Ordre, dénonçant des propos qu’il jugeait calomnieux.
La mise sous mandat de dépôt d’Erick Mauro Nguémah marque désormais une nouvelle étape, judiciaire cette fois, dans un dossier ayant déjà mêlé pression politique, urgence calendaire et zones d’ombre contractuelles.
















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