Dette et programme FMI, délestages et crise de la SEEG, justice et affaire Bilie-By-Nze, procédures de la famille Bongo depuis Londres, relations avec Paris et Washington, souveraineté alimentaire, syndrome d’hubris : dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique le 18 avril dernier à Libreville, le chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema n’a esquivé aucun dossier. Un an après son investiture, il y défend le récit du bâtisseur lucide, entre héritage assumé et cap revendiqué.

Brice Clotaire Oligui Nguema à Jeune Afrique : «Nous ne signerons jamais un accord qui sacrifie le peuple gabonais.» © François ZIMA / Jeune Afrique

 

C’est un exercice qu’il «ne goûte que très modérément», relève l’hebdomadaire panafricain. Le chef de l’État s’y est pourtant prêté longuement, face à Marwane Ben Yahmed, le 18 avril dernier à Libreville. Interrogé sur ses fiertés, le président cite d’abord le retour aux urnes : «Ma principale fierté, c’est d’avoir rendu au Gabon ce qui lui avait été confisqué : le droit de choisir librement.» Il revendique «cinq scrutins en moins de deux ans, aucun pays de la sous-région n’a fait mieux».

Le registre se fait plus prudent sur le quotidien des Gabonais. «Mon principal regret, je ne le cache pas, est la persistance des délestages et des coupures d’eau, et le coût de la vie», confie-t-il à Jeune Afrique, reconnaissant que «les Gabonais souffrent au quotidien».

Énergie et dette, l’héritage assumé

Le chef de l’État face à Marwane Ben Yahmed, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, le 18 avril 2026 à Libreville. © François ZIMA / Jeune Afrique

Sur le déficit énergétique, le président livre un diagnostic sévère de l’opérateur historique. «La SEEG a été vidée de sa substance, avec de nombreux arriérés», affirme-t-il, imputant la crise à «quinze années d’abandon et de sous-investissement». Il met en avant un plan de réhabilitation 2025-2028 et l’ajout de 735 mégawatts, entre centrales à gaz et barrage de Kinguélé Aval, pour un «objectif zéro coupure fin 2027-2028» qu’il juge «ambitieux, mais atteignable».

La dette occupe une place centrale dans l’entretien. Le chef de l’État revendique la paternité de l’audit en cours : «C’est moi, pas le FMI, qui ai demandé cet audit.» Il acte le glissement du montant, évoqué autour de 7 500 milliards de francs CFA à son arrivée, sans en arrêter le chiffre actualisé. À l’appui de son récit de redressement, il avance un indicateur de marché : le spread des obligations gabonaises serait passé de 854 à 771 points de base depuis l’annonce du programme avec le Fonds monétaire international, donnée que Jeune Afrique rapporte sans la commenter. Sur l’éventualité d’une cure d’austérité, sa réponse est catégorique : «Nous ne signerons jamais un accord qui sacrifie le peuple gabonais

Justice et famille Bongo, «nul n’est au-dessus de la loi»

Interrogé sur l’incarcération d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, le président récuse toute lecture politique : «La justice gabonaise est indépendante. Ce n’est pas le président de la République qui arrête les gens.» Il file la comparaison avec l’Hexagone : «Quand ça se passe chez vous, suivez mon regard, on trouve cela normal. Mais quand c’est en Afrique, on politise le débat

Face aux procédures engagées depuis Londres par la famille de son prédécesseur, qui a saisi les instances onusiennes, il affiche «une sérénité totale» et rappelle que Noureddin et Sylvia Bongo «ont été condamnés au cours d’un procès équitable». Sur le départ d’Henri-Claude Oyima du ministère de l’Économie, le chef de l’État botte en touche : «Les remaniements ne sont pas forcément des sanctions. Ce sont des ajustements.»

Paris, Washington et la «mémoire» contre l’hubris

Vis-à-vis de la France, le président revendique «la fin du paternalisme» et un cadre «hérité de la Françafrique» désormais «révolu», tout en assumant un lien étroit avec Emmanuel Macron. Avec Washington, il vante une diplomatie «gagnant-gagnant» et cite des retombées concrètes : la société américaine Sebastian réaliserait un data center au Gabon, ExxonMobil explorerait l’offshore de Mayumba et Vaalco aurait accru ses investissements, énumère-t-il auprès de Jeune Afrique.

Reste la question du pouvoir et de ses vertiges. «En restant proche du peuple», répond-il lorsqu’on l’interroge sur le syndrome d’hubris, avant la formule qui donne son titre à l’entretien : «La meilleure garantie contre l’hubris, c’est la mémoire. Je n’oublie pas d’où je viens. Je n’oublie pas le 30 août.» Et de résumer sa feuille de route en un mot, lorsque l’hebdomadaire l’interroge sur les besoins des Gabonais : «De dignité

 
GR
 

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