Or gabonais : fini l’exportation brute, place à la traçabilité et aux réserves
À la faveur de sa première visite de travail à la Raffinerie gabonaise de l’or (RGO), ce lundi 7 septembre 2026 à Nkok, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, a dévoilé les contours d’une nouvelle stratégie destinée à assainir la filière aurifère. Au programme : traçabilité renforcée, interdiction prochaine de l’exportation de l’or non raffiné, encadrement des achats et constitution d’un stock important à la BEAC.

Le ministre Sosthène Nguema Nguema à la Raffinerie gabonaise de l’or, le 7 septembre 2026. © Ministère des Mines
Le Gabon veut changer de méthode dans la gestion de son or. En visite ce lundi 7 septembre 2026 à la Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO) de Nkok, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, accompagné du directeur général de la Société équatoriale des mines (SEM), Jude Désir-Céleste N’Gwa Émane, a affiché son ambition : passer d’une logique d’extraction à une véritable maîtrise de la chaîne aurifère.
Cette orientation intervient après la suspension, le 20 juin dernier, des activités d’exploitation de l’or à petite échelle. Une mesure qui, selon le ministre, a permis au département des Mines de procéder à un audit de l’ensemble des opérateurs du secteur. «Pendant un peu plus de deux mois, toutes les sociétés qui font dans l’or sont passées. Aussi bien ceux qui sont en phase de recherche que ceux qui sont en phase d’exploitation», a expliqué Sosthène Nguema Nguema. Le constat, poursuit-il, a fait ressortir «plusieurs irrégularités», avec un résultat jugé «pas satisfaisant».
Trois conventions d’exploitations signées avec la SEM
Dans ce processus de remise à plat, la SEM a toutefois obtenu un traitement favorable à la suite de son audit. «La Société équatoriale des mines a fait preuve de responsabilité avec la note qu’ils ont obtenue lors de cet audit», a souligné le ministre. Cette évaluation a notamment conduit les autorités à lever la suspension concernant la société publique et à lui accorder des permis d’exploitation, dont celui de Mboumba. Trois conventions ont ainsi été signées afin de permettre à la SEM de relancer ses activités dans le cadre du nouveau dispositif mis en place par le ministère.
Mais au-delà de la reprise des activités, c’est surtout la transformation du modèle aurifère gabonais qui se dessine. Pour le ministre, le pays dispose déjà de l’outil industriel nécessaire : la RGO de Nkok. «Pourquoi on ne transforme pas l’or ici, alors que nous avons une usine prête ?», s’est-il interrogé, estimant que la mise en place du nouveau système doit désormais permettre d’orienter la production nationale vers cette infrastructure.
L’exportation de l’or non raffiné sera prochainement interdite

Quelques étapes de la visite. © Ministère des Mines/GabonReview
La mesure annoncée est sans ambiguïté : l’exportation de l’or non raffiné sera prochainement interdite. «À partir de maintenant, on ne pourra plus sortir l’or sans passer par la raffinerie de Nkok», a déclaré Sosthène Nguema Nguema. Une distinction importante est également faite entre lingotage et raffinage. «Prendre de l’or, transformer en lingot, ce n’est pas du raffinage», a-t-il rappelé. L’objectif est donc de faire passer l’or extrait au Gabon par un véritable processus de purification et de certification avant toute sortie du territoire.
La traçabilité constituera l’un des piliers de ce nouveau mécanisme. Chaque lingot issu de la raffinerie devra être identifiable grâce à un QR code permettant de retracer son parcours. «Lorsque vous scannez ce QR code, on vous dit quel est le permis, la société, et par où cet or-là est passé», a détaillé le ministre. Un dispositif qui doit permettre aux autorités gabonaises de suivre l’or jusqu’à sa destination finale, qu’il s’agisse de Dubaï, de l’Inde, de la Chine ou d’autres marchés internationaux.
Mettre fin aux circuits informels d’achat
Le gouvernement entend également mettre fin aux circuits informels d’achat. «On ne pourra plus désormais acheter l’or chez une tierce, chez un individu», a annoncé le ministre. Des comptoirs d’or doivent ainsi être mis en place pour canaliser les transactions. À l’aéroport, les services compétents du ministère et de la SEM pourront contrôler les lingots grâce à leur identification numérique et vérifier leur origine avant leur sortie du pays.
Cette réorganisation poursuit aussi un objectif de souveraineté financière. Une fois raffiné et certifié, l’or gabonais doit progressivement alimenter un stock stratégique auprès de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). «Nous allons directement, l’or qui va sortir d’ici, avec des standards acceptés par la BEAC, stocker notre or à la BEAC», a annoncé Sosthène Nguema Nguema. Pour le ministre, il s’agit de rompre avec une situation où, depuis plusieurs années, le Gabon ne constituait plus de réserves d’or.
Nkok devient la porte d’entrée obligatoire de la production d’or gabonais
Derrière cette nouvelle doctrine, le gouvernement veut donc faire de la RGO un maillon central de la souveraineté minière. Raffiner au Gabon, identifier chaque lingot, contrôler les circuits d’achat, sécuriser les exportations et constituer progressivement une réserve nationale : autant d’étapes destinées à mieux capter la valeur créée par l’or gabonais. «Le nouveau système fait que l’or produit au Gabon doit absolument passer par la raffinerie de Nkok», a insisté le membre du gouvernement.
Avec ce mécanisme, l’enjeu n’est plus seulement de produire davantage d’or, mais de savoir où il est extrait, qui l’extrait, où il est transformé, où il est vendu et quelle valeur il laisse au pays. Une nouvelle étape dans la politique de transformation locale voulue par les autorités, qui entend désormais faire de l’or gabonais non plus seulement une ressource extraite, mais un véritable actif essentiel au service de l’économie nationale.
















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