Un jeune actif sur trois est au chômage dans un pays qui manque de bras qualifiés : le paradoxe, chiffré dans les précédents volets de cette série, appelait une explication. Le RNDH 2026 en propose une, articulée autour de trois défaillances qui se renforcent mutuellement : une école déconnectée du marché, une économie trop étroite pour absorber sa jeunesse et une intermédiation qui ne joue pas son rôle.

Des diplômés d’un côté, des chantiers qui manquent de bras de l’autre : le «double déficit» du marché du travail gabonais, décrypté par le RNDH 2026. © Illustration générée par IA / GabonReview

 

La première cause, que le Rapport national sur le développement humain (RNDH 2026) qualifie de «moteur principal du chômage», tient à l’inadéquation chronique entre la formation et l’emploi. Surreprésentation des filières classiques, curricula déconnectés de la dynamique économique, faible professionnalisation : le système éducatif gabonais produit massivement des diplômés de l’enseignement général quand le secteur productif réclame des soudeurs, des électromécaniciens et des techniciens de maintenance. Résultat : des licenciés et des masters s’inscrivent par milliers au Pôle national de promotion de l’emploi (PNPE) pour se voir proposer, au mieux, des postes de manœuvres ou d’agents d’exécution. Un «déclassement professionnel» qui génère, selon le document, «frustration socio-économique et sous-utilisation du capital humain national».

Une économie trop étroite pour sa jeunesse

La deuxième défaillance est structurelle : la dépendance aux matières premières, «cause structurelle première du chômage endémique», rend l’économie incapable d’absorber l’afflux d’une population active jeune. Quand les cours mondiaux chutent, l’effet domino est implacable : crise budgétaire, austérité, contraction du secteur privé, chômage aggravé. L’exode rural agit en «double multiplicateur de crise», vidant l’arrière-pays de son potentiel tout en saturant un marché urbain où l’informel fait office d’amortisseur, au prix d’une précarité généralisée.

S’y ajoute l’hyper-concentration territoriale de l’activité dans l’Estuaire, qui condamne les jeunes des autres provinces à choisir entre l’exil vers Libreville et le chômage sur place.

Des institutions qui n’amortissent rien

La troisième cause relève des institutions elles-mêmes. Le rapport réalisé par la Direction générale de la Prospective (DGPro) du ministère de la Planification et de la Prospective, avec l’appui technique et financier du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), pointe des lourdeurs administratives qui découragent l’investissement privé, un droit du travail que l’État «peine à appliquer», et surtout un système d’information sur l’emploi frappé d’«obsolescence» : les politiques d’insertion auraient été pilotées des années durant sans données fiables ni cartographie des métiers. Quant aux dispositifs d’accompagnement, leur suivi post-recrutement lacunaire entretient une «précarité cyclique» où les placements ne stabilisent personne durablement.

Le document se garde toutefois du fatalisme. Réhabilitation de la chaîne de planification, volontarisme budgétaire du PLF 2026, diversification engagée : les «catalyseurs» existent, y est-il mentionné. Encore faut-il que les recommandations formulées soient appliquées.

 
GR
 

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