Près d’un an après sa création, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) semble ballotée aux quatre vents, miné par des querelles internes.

Au moment de sa création, l’UDB fut présentée comme une machine destinée à accompagner le président de la République… Comme d’aucuns l’avaient prédit, la machine s’est grippée. © Facebook/UDB

 

Le report sine die, ou plutôt l’annulation, du congrès de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) alimente la chronique. Dans les chaumières, chacun y va de son analyse. Et pour cause : créé au lendemain de la présidentielle d’avril 2025, ce parti est dirigé par… le président de la République. Dans ses instances dirigeantes siègent de nombreux ministres, des membres des bureaux des deux chambres du Parlement et des principales collectivités locales. Pourtant, le «parti présidentiel» peine à imprimer sa marque sur la marche du pays. Il éprouve les plus grandes difficultés à structurer le débat public. Quand il donne de la voix, c’est généralement en réaction, après moult atermoiements et souvent à contretemps. Rarement, il fixe le cap. Rarement, il indique la voie. Dès lors, beaucoup s’interrogent sur son apport réel. D’autres en viennent même a douter de la pertinence de l’analyse ayant conduit à sa création.

Amalgamation compromise ou fortement ralentie

Près d’un an après sa création, l’UDB semble ballotée aux quatre vents. Son directoire a beau affirmer accorder la priorité à l’installation des structures de base ou évoquer des contraintes financières, il peine à convaincre. Pis, il ne peut nier une réalité désormais connue du grand public : en interne, ce parti est miné par des querelles de personnes et batailles d’égo. Transfuges du Parti démocratique gabonais (PDG) pour la plupart, ses principaux dirigeants n’ont jamais vraiment reconnu l’autorité du secrétaire général, présenté comme un novice en politique, un activiste naguère prompt à faire la leçon aux dépositaires de l’autorité publique, notamment sur les questions économiques et financières. C’est dire si les rancunes viennent de loin et ont résisté à l’épreuve du temps sans perdre de leur vigueur. C’est aussi dire si le malaise est profond, en dépit des apparences. C’est enfin dire l’urgence d’une remise à plat.

Au moment de sa création, l’UDB fut présentée comme une machine destinée à accompagner le président de la République et à contribuer à la réussite de son mandat. Même si nombre de ses cadres affichent des états de service discutables ou des parcours controversés, l’autorité et l’aura de son président-fondateur lui ont permis de prendre le contrôle des deux chambres du Parlement moins de trois mois seulement après sa naissance. La manœuvre a fait illusion tant la victoire fut écrasante. Mais les trajectoires des uns et des autres se sont vite rappelées au souvenir. Leurs cultures politiques respectives sont apparues incompatibles ou, à tout le moins, difficilement conciliables. Comme il fallait s’y attendre, l’amalgamation s’en est trouvée compromise, du moins fortement ralentie. Comme d’aucuns l’avaient prédit, la machine s’est grippée. Et le parti n’a pas pu prendre son envol ou, tout simplement, jouer pleinement son rôle.

Crise larvée se muer ou crise systémique ?

Hormis le soutien, voire l’allégeance, à Brice-Clotaire Oligui Nguéma, que peuvent avoir en commun d’anciens activistes pro-démocratie, d’anciens défenseurs des droits humains et de vieux baroudeurs de la scène politique, longtemps associés à la fraude électorale et aux dénis de droit ? Peuvent-ils avoir une lecture commune des enjeux du moment ? Peuvent-ils faire émerger une vision partagée, une stratégie cohérente ? Sans jamais désespérer de l’homme, on peut en douter. Après tout, l’UDB n’est pas née d’une idée fédératrice ni d’un rêve partagé. Elle est née d’une opportunité, sinon par opportunisme. Si son directoire entend lui donner une nouvelle impulsion, il doit avoir le courage de regarder cette réalité en face, de l’analyser sans tabou, avec recul et sang-froid. A défaut, le «parti présidentiel» aura le plus grand mal à trouver son juste positionnement. Au mieux, il se condamnera à reproduire les recettes du PDG. Or, ces méthodes-là sont justement au fondement du malaise ayant conduit aux événements du 30 août 2023.

Le report du congrès de l’UDB est révélateur de bien de choses. De cette annonce, chacun aura  tiré au moins trois conclusions : le directoire actuel est jugé peu efficace ; ce parti est traversé par des luttes de positionnement ; les transfuges du PDG veulent y imposer leur loi.  Malgré les explications avancées par les responsables concernés, on est en droit d’attendre mieux d’une formation politique aussi dominante, si prompte à revendiquer un lien ombilical avec le président de la République. Si le «parti présidentiel» ne réunit pas son instance suprême dans les meilleurs délais, il s’expose aux quolibets et spéculations de toutes sortes, avec le risque de voir une crise larvée se muer en crise systémique.

 
GR
 

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