Venue à Libreville pour tenter de négocier un règlement amiable du contentieux autour de l’hôtel particulier Pozzo di Borgo, l’avocate de Santullo-Sericom et Webcor ITP, Ana Atallah, s’est heurtée au refus de l’Agence judiciaire de l’État (AJE) de recevoir la partie adverse. Libreville semble désormais privilégier la voie judiciaire dans ce dossier à forts enjeux financiers.

La main tendue par Santullo et Webcor, qui espèrent un règlement amiable, a été rejetée par Libreville. © GabonReview

La tentative de conciliation n’aura finalement pas dépassé le stade des intentions. Selon Africa Intelligence, qui révèle l’information ce 7 septembre, invitée à Libreville par la présidence pour discuter d’un éventuel accord avec l’État gabonais, Ana Atallah est arrivée le 10 août, accompagnée de Karen Santullo, veuve du fondateur de Santullo-Sericom. Un représentant de Webcor ITP avait également fait le déplacement.

Après deux jours d’attente, la délégation n’a été reçue que quelques minutes par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui l’a ensuite orientée vers l’AJE. Mais sa directrice générale, Diane Moussounda, a refusé de recevoir les visiteurs, invoquant d’autres engagements.

L’AJE privilégie la justice

Dans une lettre adressée le 18 août à Ana Atallah, Diane Moussounda a réaffirmé la préférence de l’État pour la voie judiciaire. Cette position intervient alors que Santullo-Sericom et Webcor ITP réclament plusieurs centaines de millions d’euros au titre de créances liées à des marchés conclus sous la présidence d’Ali Bongo. Les deux sociétés ont engagé plusieurs procédures contre le Gabon et obtenu des mesures conservatoires visant certains actifs de l’État.

Au cœur du bras de fer : l’hôtel particulier Pozzo di Borgo, propriété gabonaise située dans le septième arrondissement de Paris. Les créanciers ambitionnent notamment de récupérer une partie du produit de sa vente, voire d’en obtenir la vente forcée.

Deux accords au cœur du contentieux

Le dossier est compliqué par deux protocoles d’accord transactionnels conclus début 2024 entre l’État gabonais et les deux sociétés. Ils prévoyaient le règlement amiable des différends contre le versement de près de 100 millions d’euros à chacun des créanciers.

Le Gabon conteste désormais la portée de ces accords devant les juridictions françaises. Le protocole signé avec Santullo a été homologué, décision contre laquelle Libreville a fait appel. Celui conclu avec Webcor n’a pas été homologué et fait également l’objet d’une procédure d’appel.

Dans cette dernière affaire, le parquet général de la Cour d’appel de Paris a, le 4 septembre, invité les juges à confirmer le rejet de l’homologation. Le ministère public estime notamment que certaines dispositions prévoyant le retrait de plaintes et la renonciation à des décisions de justice contrevenaient clairement au droit pénal.

Le dialogue compromis

Cette fermeture de l’AJE contraste avec les discussions parallèles engagées ces derniers mois autour d’une éventuelle sortie de crise. En juillet, Brice Clotaire Oligui Nguema avait notamment reçu Karen Santullo à Paris. Des intermédiaires proches de la présidence auraient également exploré des pistes de règlement autour de la vente du Pozzo di Borgo.

Mais ces initiatives n’ont pas permis de rapprocher durablement les positions. Avec le refus de l’AJE d’ouvrir des négociations directes, Libreville semble désormais assumer le choix du bras de fer judiciaire, laissant aux tribunaux français le soin de trancher l’avenir des accords transactionnels et, indirectement, celui du prestigieux bien immobilier gabonais.

 
GR
 

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