Le 18 avril 2026, Donald Trump a signé un décret présidentiel pour accélérer l’évaluation clinique des psychédéliques, dont l’ibogaïne, comme traitement du syndrome de stress post-traumatique chez les vétérans américains. Une décision qui place brutalement le Gabon, pays d’origine de l’iboga, au cœur d’un enjeu géopolitique et économique, sans que ses communautés traditionnelles n’aient été consultées.

Le ministre de la santé et des services sociaux américain, Robert F. Kennedy Jr, le podcasteur Joe Rogan enlaçant le PDG d’Americans for Ibogaine, W. Bryan Hubbard, derrière Donald Trump, dans le bureau Ovale, à la Maison Blanche, à Washington, le 18 avril 2026. © Nathan Howard/Reuters

 

La scène valait son pesant de symboles. Dans le Bureau ovale, entouré de Joe Rogan, du directeur de la FDA Marty Makary et de Robert F. Kennedy Jr., Donald Trump a paraphé samedi un décret présidentiel visant à lever les obstacles bureaucratiques à la recherche sur les psychédéliques thérapeutiques. L’ibogaïne, dérivée du Tabernanthe iboga, arbuste sacré du Gabon, figure en tête de liste. La FDA (Food and Drug Administration : l’agence fédérale américaine chargée de l’autorisation de mise sur le marché des médicaments et produits alimentaires) aura quelques semaines pour ouvrir une voie d’approbation accélérée à trois substances, du jamais-vu pour des psychédéliques aux États-Unis. L’horloge tourne.

Ce coup d’accélérateur américain intervient dans un contexte de crise silencieuse : selon le Pentagone, 471 militaires américains se sont suicidés en 2024, et 1 500 tentatives ont été recensées. Une petite étude de Stanford, menée sur 30 vétérans traités au Mexique, a conclu à des améliorations significatives des symptômes de traumatisme crânien, de syndrome de stress post-traumatique et de dépression. C’est sur cette base fragile, mais politiquement explosive, que Washington s’apprête à bâtir un marché thérapeutique de plusieurs milliards de dollars.

Le Gabon dans l’angle mort

Deux jours avant la signature du décret Trump, une lettre ouverte signée par des dizaines de praticiens, initiés Bwiti et représentants d’ONG gabonaises interpellait la communauté internationale. Leur constat est sans appel : malgré une récente visite d’Americans for Ibogaine (AFI) à Libreville, aucun consentement libre, préalable et éclairé n’a été obtenu auprès des communautés traditionnelles gardiennes de ce savoir. Aucune redevance, aucune réciprocité, aucune modalité négociée.

Les signataires rappellent pourtant que le Traité OMPI de 2024 sur les ressources génétiques et les savoirs traditionnels impose des obligations claires aux entreprises développant des biotechnologies issues de médecines ancestrales, y compris pour les États non signataires du Protocole de Nagoya, comme les États-Unis. Pour rappel, le Traité OMPI est un accord international adopté en 2024 sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, qui impose aux entreprises développant des brevets issus de ressources naturelles et de savoirs ancestraux d’en déclarer explicitement l’origine.

Une fenêtre qui se referme

La lettre formule deux demandes précises : laisser aux autorités gabonaises le temps de finaliser leur cadre juridique de participation, et engager un dialogue formel avec les communautés de praticiens, traditionnels comme cliniques, avant tout déploiement à grande échelle.

Le message est diplomatiquement poli. Il est politiquement urgent. Car pendant que Washington industrialise l’ibogaïne au nom de ses héros de guerre, c’est un patrimoine vivant gabonais qui risque d’être transformé en ligne de brevet… sans que le Gabon n’ait eu voix au chapitre.

 
GR
 

2 Commentaires

  1. La plante IBOGA est sacrée pour les spécialités de médecine traditionnelles qui répond aux normes de pouvoir sacré inné de la spiritualité africaine. Elle pousse principalement dans la zone forestière gabonaise. Cependant, il faut des textes juridiques pour que les communautés traditionnelles gabonaises se l’approprient en bénéficiant des redevances financières de leur propriété intellectuelle.

  2. ROUX Paul Auguste dit :

    Malheureusement, il est déjà tres probable que l’IBOGA soit cultivé sous serre aux USA et même ailleurs en Occident. Seuls les laboratoires qui deposeront des brevets de recherche ou de medicament à base d’Iboga ou d’Ibogaine bénéficieront vraiment de la valorisation économique de l’IBOGA. Cependant, quelques shamman Peruviens facturent des initiations aux touristes à partir d’une plante aux effets similaires à l’IBOGA. Mais, les revenus touristiques seront probablement maigres par rapport aux revenus que les laboratoires occidentaux obtiendrons de l’Iboga.

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