À Malibé 2, dans la commune d’Akanda, une zone d’utilité villageoise (Zuv) a été érigée au village Itambit Yoko pour permettre aux populations habitant dans le rayon de l’Arboretum Raponda Walker (ARW) de poursuivre leurs activités agricoles. Entre absence de signatures sur certains documents et nomination d’un nouveau conservateur, les habitants de cette zone se disent victimes d’intimidations et d’abus d’autorité. Après une énième descente des agents des parcs nationaux sur cette Zuv le 14 juin, ils ont manifesté leur colère avant d’être arrêtés manu militari puis conduits au Commissariat du Cap Estérias. Ils interpellent le Premier ministre.

La voiture de l’ANPN chargée des briques saisies. © D.R.

 

En milieu de semaine écoulée, le Collectif des résidents d’Itambit Yoko à Malibé 2 dans la commune d’Akanda, a manifesté une fois de plus sa colère. Là-bas, explique le collectif, l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) avait initié avec la mairie d’Akanda, la Banque africaine de développement (Bad) et l’Institut gabonais d’appui au développement (Igad), un programme de formation de jeunes en délimitant des espaces au sein de l’Arboretum Raponda Walker (ARW). Des espaces appelés zone d’utilité villageoise (Zuv). En août 2018, à travers la note n°10/ANPN/SE/DT/ARW, l’APN confirmait le layon de démarcation de cette Zuv en amendant la charte et le cahier de charge.

Sur cette base, les populations ont le droit d’y exercer des activités relatives à l’agriculture et au petit élevage en respectant les normes environnementales.  Mais alors qu’elles s’y attèlent, elles se voient «malmenées» par la conservatrice de l’ARW qui à en croire leurs propos, ne reconnaît pas l’existence légale de cette Zuv. «En 2019, ils ont initié une autre Zuv à Ivinda, mais curieusement, lorsqu’on regarde les documents les closes sont les mêmes, mais il y a un hic. C’est sur ce hic que la conservatrice de l’arboretum s’appuie pour persécuter les populations du village d’Itambit Yoko», indique le collectif qui souligne qu’entre temps, l’ancien conservateur a été enlevé et remplacé par la «persécutrice».

La délimitation de la Zuv d’Itambit Yoko. © D.R.

Tires, poursuite dans la forêt et interpellations

Selon le collectif, la Zuv d’Ivinda a été signée, «mais celle d’Itambit Yoko n’a pas toutes les signatures». «Elle s’appuie dessus pour dire qu’Itambit Yoko n’a pas de Zuv quand bien même sur la carte des parcs nationaux c’est bien mentionné que la Zuv d’Itambit Yoko existe comme celle d’Ivinda», affirme le collectif selon qui, via les agents de l’ANPN, elle procède à des intimidations, des arrestations arbitraires. «Parfois elle arrive elle casse les choses des gens qu’elle trouve dans la Zuv», a fait savoir le collectif. Le 14 juin dans ces circonstances, la population d’Itambit Yoko s’est donc soulevée. Les habitants s’opposaient aux agents de l’ANPN qui ce jour, saisissaient les briques des populations devant servir pour la construction d’une ferme sur la Zuv.

Les populations ont bloqué la voiture pour exiger de ces agents le déchargement des briques en exigeant que la conservatrice rassemble les habitants d’Itambit Yoko pour leur expliquer pourquoi ils ne doivent plus faire des fermes et autres activités. Une démarche que n’ont pas apprécié les agents qui armés, auraient poursuivi les populations dans la forêt avant d’ouvrir le feu. Une poursuite qui a donné lieu à l’arrestation des 11 personnes qui ont dormi en cellule. «Les populations ont été menottées, violentées, amenées au poste de contrôle», a déclaré une femme elle- aussi dans le lot des personnes embarquées. «Elle a l’habitude de faire ça», a renchéri un membre du collectif parlant de la gestionnaire de l’ARW.

Les populations bloquant le véhicule de l’ANPN. © D.R.

«Nous ne pouvons plus dissimuler notre profond mal-être»

«Si nous sommes sur cette zone villageoise, c’est avec leur accord. Ils nous ont permis de nous installer, il y a un layon de délimitation. Nous avons le droit de faire nos fermes, vergers, etc. tout est cité. Aujourd’hui ça ressemble maintenant à autre chose», s’est plainte une habitante d’Itambit Yoko criant à l’abus d’autorité. Le collectif qui avait déjà adressé au Premier ministre un courrier demandant la régularisation des Zuv en faisant part des problèmes rencontrés, attire une fois de plus son attention et celle du ministre des Eaux et forêts tant, aucune autorité saisie n’a réagi.

Si l’on se demande pourquoi tous les signataires de la charte de la Zuv d’Itambit Yoko n’ont pas procédé à cet acte, le collectif assure que la période 2018-2021, s’est déroulée sans problème. Aujourd’hui, les habitants qui se disent harcelés constatent des marquages «Arrêt des travaux, ARW» ou «A démolir, ARW», sur les hangars abritant des agriculteurs ; dénoncent des arrestations et mises à garde à vue arbitraires au commissariat du Cap Esterias. Du 3 au 4 décembre 2022, affirme le collectif, «une femme enceinte accompagnée de ses deux enfants mineurs âgés de 2 ans et 5 ans», a été arrêtée «avec l’appui de quelques agents de la gendarmerie, sans mandat ni ordre de mission». À cela s’ajoutent des menaces verbales aussi bien de la part de la conservatrice que des agents pointant leurs armes à feu sur des populations désarmées

 
GR
 

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