1 700 milliards : que contient vraiment le chiffre choc de la Cour des comptes ?
Le chiffre a fait mouche : 1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes à recouvrer, selon la Cour des comptes. Mais derrière son caractère spectaculaire demeure une question essentielle : que contient exactement cette somme ? Alex Euv Moutsiangou a depuis précisé sur Gabon 24 que certains dossiers remontent à vingt ans et qu’environ 600 personnes physiques et morales sont concernées. Une profondeur historique qui change la lecture du chiffre et rend sa ventilation indispensable.

1 700 milliards de FCFA au total : derrière le chiffre choc, vingt ans de débets et d’amendes dont la ventilation reste à montrer. © GabonReview
Alex Euv Moutsiangou, Premier président de la Cour des comptes, avait lui-même donné l’échelle : «l’équivalent du budget de certains pays». L’annonce a frappé les esprits, au point que les «débets et amendes» évoqués se sont vite transformés, dans le débat public, en 1 700 milliards «détournés». Que recouvrent réellement ces 1 700 milliards ? La première présentation ne permettait de connaître ni la période de constitution, ni la répartition, ni le nombre de dossiers concernés.
Vingt ans derrière un seul chiffre
Alex Euv Moutsiangou a depuis apporté une précision majeure. Sur Gabon 24, il a indiqué que les faits ne se concentraient pas sur une seule année : certains dossiers remontent à vingt ans, pour environ 600 personnes physiques et morales concernées. De quoi changer la photographie.
Les 1 700 milliards ne sauraient donc être lus comme une somme découverte en 2026, ni comme un montant détourné sur le seul exercice actuel. Il s’agit d’un stock constitué au fil des années, traversant plusieurs exercices budgétaires et périodes politiques. Cette précision aurait mérité d’accompagner le chiffre dès son irruption dans le débat public : 1 700 milliards sur un exercice et sur vingt ans racontent deux réalités radicalement différentes.
Mais 1 700 milliards de quoi ?
L’explication télévisée ne lève pas toutes les inconnues. Quelle part relève des débets, quelle part des amendes ? Combien de décisions anciennes ? Combien déjà recouvré ?
Un débet met une somme à la charge d’un justiciable en raison de sa responsabilité financière ; une amende constitue une sanction pécuniaire. Leur addition donne un montant global, non la preuve que 1 700 milliards ont été détournés. Là manque l’anatomie du chiffre.
La transparence jusqu’au bout
Paradoxe : la Cour des comptes dispose justement de cette matière. Alex Euv Moutsiangou a annoncé la publication d’un recueil des décisions et avis des juridictions financières. La Cour affirme vouloir rendre son action plus transparente : «Le peuple mérite de savoir exactement ce qui se passe.»
Publier la ventilation des 1 700 milliards par période, nature de sanction, montants recouvrés et sommes restant dues ne diminuerait en rien la gravité des faits constatés. Cela donnerait au chiffre toute sa force, et le soustrairait aux interprétations.
L’échéance du 7 octobre, fixée aux débiteurs pour régulariser leur situation avant d’éventuelles suites judiciaires, fournira un premier test : sur les 1 700 milliards annoncés, combien reviendront dans les caisses de l’État ? La Cour des comptes a fait surgir le chiffre. Reste maintenant à en montrer les comptes.
















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.