Crise de l’eau à Port-Gentil : la salinité de l’Ogooué ravive les inquiétudes sur la sécurisation de l’approvisionnement
À Port-Gentil, les perturbations dans la distribution d’eau potable ne sont plus un simple épisode saisonnier. Alors que la montée de la salinité dans l’Ogooué contraint une nouvelle fois la SEEG à interrompre ponctuellement le pompage à Mandorové, la récurrence du phénomène relance le débat sur les faiblesses structurelles du dispositif d’approvisionnement de la capitale économique. Pour Cédric Tchissambou, cette situation révèle surtout l’urgence de passer d’une gestion de crise à des solutions durables.

La station de pompage de Mandorové. © D.R.
Dans un communiqué publié il y a environ un mois, la SEEG avait informé sa clientèle de Port-Gentil de perturbations dans la desserte en eau potable sur la période allant du 1er août au 31 septembre 2026. « Ce désagrément est lié à la baisse saisonnière du niveau de l’Ogooué et aux fortes marées qui provoquent l’intrusion d’eau salée en provenance de l’Océan », expliquait alors l’entreprise.
La SEEG précisait que ces épisodes de pics de salinité au niveau de la prise d’eau brute allaient la « contraindre à procéder à des arrêts momentanés de la station de pompage de Mandorové, pour en préserver l’intégrité des équipements ». Face à cette situation, l’entreprise indiquait que ses équipes techniques seraient mobilisées afin d’assurer une surveillance continue du taux de salinité du fleuve Ogooué et des variations de marées, avec pour objectif d’ajuster en temps réel les opérations de régulation et d’approvisionnement. La société recommandait à l’ensemble de la population « d’utiliser rationnellement les quantités d’eau potable disponibles afin de lutter contre le gaspillage de la ressource », tout en les invitant à constituer des réserves suffisantes pour couvrir les besoins essentiels durant cette période.
Plus qu’un épisode saisonnier
Mais pour Cédric Tchissambou, acteur civique de la démocratie participative, ces perturbations récurrentes dépassent désormais le cadre d’un simple épisode saisonnier. « Ce constat traduit une gestion réactive et non anticipative », estime-t-il, soulignant que la surveillance de la salinité et l’arrêt des pompes permettent certes de protéger les équipements, mais ne règlent pas durablement la question de la disponibilité de l’eau potable pour les populations.
La dépendance à la station de Mandorové expose ainsi directement l’alimentation de la ville aux variations naturelles du fleuve et de l’océan. Pour Cédric Tchissambou, l’enjeu est désormais de sortir de cette logique de gestion de crise pour engager une véritable politique de sécurisation de l’approvisionnement. Parmi les pistes avancées figurent la construction d’une nouvelle prise d’eau en amont, à l’écart de la zone d’intrusion saline, mais aussi la mise en place de capacités de stockage permettant de constituer des réserves d’eau douce avant les périodes les plus difficiles.
Diversifier les sources d’approvisionnement
L’acteur civique évoque également la possibilité d’une usine de désalinisation, notamment par osmose inverse, ainsi que l’exploitation de nappes phréatiques locales à travers des forages profonds. Une diversification des sources qui permettrait, selon cette analyse, de réduire la dépendance à une seule infrastructure et de renforcer la résilience du réseau de distribution.
Au-delà des solutions techniques, la question du financement apparaît également déterminante. La modernisation des infrastructures pourrait passer par des partenariats public-privé et par la mobilisation de financements internationaux destinés à accompagner les investissements nécessaires dans le secteur de l’eau.
La crise actuelle pose donc une question de fond : combien de temps encore Port-Gentil devra-t-elle subir, à chaque saison sèche, les conséquences d’un phénomène dont les mécanismes sont désormais connus ? Pour Cédric Tchissambou, la réponse ne peut plus se limiter à l’ajustement quotidien des opérations de pompage. « La crise actuelle montre que Port-Gentil ne peut plus dépendre d’une seule station vulnérable aux marées », affirme-t-il. À ses yeux, la répétition des coupures impose désormais une réflexion de long terme associant la SEEG, les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs concernés.
















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