DOB 2027 : Ntoutoume Ayi alerte sur des finances publiques «catastrophiques»
L’ex-directeur général de la Dette, aujourd’hui député d’Akanda, a profité du Débat d’orientation budgétaire pour tenir «un langage de vérité» sur l’état des comptes de l’État, sans épargner les plus hautes autorités.

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi à la tribune de l’Assemblée nationale, lors du Débat d’orientation budgétaire, le 27 juin 2026. © D.R.
Cinq minutes. C’est le temps de parole dont disposait Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, intervenant comme député non inscrit, lors du Débat d’orientation budgétaire (DOB) tenu le 27 juin 2026 à l’Assemblée nationale, en présence du Vice-président du gouvernement et de plusieurs membres de l’Exécutif. Cinq minutes qu’il a employées à dresser, chiffres à l’appui, un diagnostic sans concession de la situation budgétaire du pays, à la suite des exposés des ministres de l’Économie et de la Planification.

Les exposés de Thierry Minko (Économie, Finances, Dette) et de Louise Pierrette Mvono (Planification, Prospective) qui ont ouvert le Débat d’orientation budgétaire (DOB), avant l’avertissement de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi sur des finances publiques «catastrophiques». © D.R.
L’élu d’Akanda a ouvert son propos par un souvenir personnel : l’ami d’enfance qui, des années après avoir abandonné l’école, lui reprocha de ne pas lui avoir dit la vérité quand il le fallait. Une anecdote convoquée pour justifier la tonalité de son intervention. Parce que ceux dont c’est le métier connaissent la réalité des comptes publics, a-t-il estimé, il revient à la représentation nationale de tenir au pays «un langage de vérité» et d’inviter la Nation, à commencer par les plus hautes autorités de l’État, à une prise de conscience.
Un diagnostic sans fard
«La situation dans laquelle se trouvent les finances publiques de notre pays est catastrophique», a tranché le député, parlant d’une situation budgétaire et financière «sans précédent» ; celle-là même qui, selon lui, a notamment justifié le coup de force du 30 août 2023. Pour l’ancien patron de la Dette, l’unité du pays et les urgences sociales s’étant imposées comme des priorités, les efforts consentis durant la Transition n’ont pas suffi au redressement.
Ntoutoume Ayi a surtout entrepris de battre en brèche un récit tenace : «Dire que le Gabon est un pays riche est le contraire de la vérité.» Le pays dispose certes de ressources considérables et d’un fort potentiel humain, a-t-il reconnu, mais transformer ces ressources en richesses exige «le dépassement, le sacrifice» et, parfois, des renoncements. À ses yeux, regarder la réalité en face est le préalable à tout assainissement.
Le poids de la dette, en chiffres
Le cœur de l’intervention a porté sur le fardeau de l’endettement. «La loi de finances rectificative 2026, votée il y a quelques jours dans cet hémicycle, nous oblige à emprunter plus de 1 400 milliards de F.CFA», a exposé le député, avant d’en préciser la nature : «Ces emprunts ne financeront pas des investissements, ils sont sollicités pour équilibrer le budget.» Un recours qui, selon lui, «coûtera au pays une charge financière de plus de 1 000 milliards de F.CFA, au titre des seuls intérêts qui devront être remboursés au cours des dix prochaines années, soit l’équivalent de 1 000 km de routes bitumées».
Le tableau s’alourdit encore au titre de la trésorerie. «De même, rien que pour couvrir ses tensions de trésorerie, l’État devra supporter cette même année près de 100 milliards de F.CFA d’intérêts et autres frais bancaires», a relevé le député. Et de poser aussitôt l’ordre de grandeur : «Cela représente deux fois le budget de la Justice et cinq fois celui de l’Assemblée nationale.» «La réalité est celle-là», a martelé Jean Gaspard Ntoutoume Ayi.
Un appel au sursaut, sans procès du pouvoir
L’avertissement n’a rien d’un réquisitoire contre l’Exécutif. Ntoutoume Ayi a pris soin de rappeler que le pays ne manque ni de compétences ni de légitimité politique : Brice Clotaire Oligui Nguema, «plébiscité il y a à peine un an» avec le soutien de l’ensemble des forces politiques représentées dans l’hémicycle, incarne une ambition à laquelle adhère la quasi-totalité des Gabonais. «Les femmes et les hommes portés aux responsabilités pour réaliser cette ambition pour le Gabon doivent se hisser au niveau des enjeux, a-t-il souligné. C’est ce que le pays attend aujourd’hui de ses gouvernants».
Reste, pour le député, une condition impérative : l’assainissement profond des comptes publics, «préalable à la mise en œuvre de toute stratégie de développement». Il a appelé au courage de renoncer aux «solutions de facilité» que sont le refinancement et le rééchelonnement, qui «font la fortune des créanciers» sans jamais offrir de solution durable. Un message que l’intéressé souhaite voir largement relayé, à l’heure où s’engage la préparation de la loi de finances 2027.















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