Gabon : à quoi servent tous ces audits ?
Le Gabon audite, contrôle, vérifie. Après bien d’autres, le FGIS, la GOC et la SOGARA passent au crible. Mais à force d’empiler les diagnostics, une question devient incontournable : que rapportent réellement tous ces audits à l’État et, surtout, que changent-ils réellement ?

Les audits se multiplient au Gabon. Leur véritable valeur se mesurera moins au nombre de rapports produits qu’aux dysfonctionnements effectivement corrigés. © GabonReview
Auditer n’a rien d’une lubie administrative. Dans un pays où la gouvernance des entreprises publiques reste perfectible, l’exercice est même nécessaire. En 2024, le FMI relevait notamment la faiblesse de l’information financière, des états financiers rarement certifiés ou publiés et une supervision insuffisante de nombreuses entreprises d’État.
La question n’est donc pas de savoir s’il faut auditer, mais ce que l’État fait ensuite des résultats.
Le Gabon ne manque plus de diagnostics
Le cas du FGIS est révélateur. Le fonds souverain doit être réexaminé sur la période 2012-2023 alors qu’il a déjà fait l’objet de plusieurs contrôles, notamment parlementaires, destinés entre autres à comprendre pourquoi l’instrument créé pour préparer l’après-pétrole n’avait pas produit tous les résultats escomptés.
Selon des sources concordantes du Parlement, les investigations précédentes n’auraient pas épuisé le sujet. D’où ce nouvel audit. Lorsqu’un organisme déjà contrôlé doit l’être de nouveau sur pratiquement la même période, il faut aussi interroger l’efficacité des audits précédents.
La SOGARA pose le problème autrement. Les difficultés de l’unique raffinerie gabonaise sont connues : installations vieillissantes, arrêts techniques, approvisionnement insuffisant en brut, déficits récurrents. Un audit peut chiffrer les dysfonctionnements ; il ne remplacera ni les investissements nécessaires ni les décisions permettant de remettre l’entreprise sur les rails.
Quant à la GOC, son poids croissant dans la stratégie pétrolière nationale rend le contrôle logique : plus une entreprise publique concentre d’actifs et de responsabilités, plus sa gouvernance doit être robuste. Il reste que son audit pourrait être autrement plus sensible. En janvier, Alain-Claude Bilie-By-Nze l’accusait d’être devenue «quasiment une caisse noire pour le sommet de l’État», une affirmation qui reste à démontrer. Si les auditeurs remontent réellement les flux financiers de la compagnie, le contrôle pourrait dès lors dépasser sa seule gestion pour interroger l’usage que l’État lui-même a fait de ses ressources. En somme, auditer la GOC pourrait aussi conduire l’État à examiner ses propres pratiques.
Auditer a aussi un prix
Aucun montant public n’a, à ce stade, été identifié pour les audits du FGIS, de la GOC et de la SOGARA. Impossible donc d’en chiffrer sérieusement la facture.
Quelques références sous-régionales donnent néanmoins des ordres de grandeur. Au Cameroun, le Fonds de développement des filières cacao et café a budgété, en 2026, 50 millions de FCFA pour l’audit comptable et financier de trois exercices. Un audit beaucoup plus étendu des ressources PPTE couvrant six exercices avait été attribué, en 2016, à Ernst & Young pour 287,36 millions de FCFA TTC.
Ces chiffres ne permettent pas d’extrapoler la facture gabonaise. Mais ils posent une question légitime : combien l’État paiera-t-il, à qui et pour quel périmètre ?
Le véritable test commence après le rapport
C’est là que la multiplication des audits trouve sa limite. Un État peut entrer dans un cycle : dysfonctionnement, audit, recommandations, application incomplète, nouvel audit. Les diagnostics s’accumulent sans que la pathologie disparaisse.
La bonne chaîne devrait aller plus loin : audit, conclusions, plan correctif, calendrier, suivi des recommandations, sanctions lorsqu’elles sont juridiquement fondées et mesure des résultats.
La sanction judiciaire est évidemment légitime lorsque des infractions sont établies. Mais si l’issue des audits devait se résumer à envoyer des dirigeants devant les tribunaux ou en prison sans corriger les mécanismes ayant permis les dérives, leur fécondité resterait limitée. Sanctionner ou remplacer des hommes ne répare ni une gouvernance défaillante, ni des procédures fragiles, ni un modèle économique déficient. L’enjeu est aussi d’empêcher leurs successeurs de reproduire les mêmes pratiques.
Un audit coûtant plusieurs centaines de millions peut constituer une excellente dépense s’il permet d’en économiser plusieurs milliards ou de redresser une entreprise. À l’inverse, le moins cher devient coûteux lorsque son rapport termine dans un tiroir, ou lorsque l’on change les occupants des bureaux sans changer le fonctionnement de l’institution.
C’est à cette aune que devront être jugés les audits du FGIS, de la GOC et de la SOGARA : combien auront-ils coûté, qu’auront-ils permis de corriger et quelles recommandations auront réellement été appliquées ?
Le Gabon ne manque probablement plus de diagnostics. L’enjeu est désormais de ne pas payer demain un nouvel audit pour redécouvrir ce que celui d’aujourd’hui avait déjà établi.















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