Deux décrets, un projet d’infrastructure et un mode opératoire pour la digitalisation des administrations publiques : le Conseil des ministres du 22 mai dernier a posé, en une seule séance, les fondations d’une politique numérique gabonaise enfin dotée d’une colonne vertébrale institutionnelle. Le signal est clair. La question est désormais celle de l’exécution.

Derrière la création de la DGTE et le décret sur les startups du 22 mai, une ambition : doter le Gabon d’une politique numérique cohérente, de l’infrastructure à l’innovation. © GabonReview / Illustration IA

 

Le premier texte annoncé par le communiqué final du tout dernier Conseil des ministres crée la Direction Générale des Technologies Émergentes, la DGTE. Placée sous la tutelle du ministère en charge de l’Économie Numérique, elle est chargée d’élaborer et de veiller à la mise en œuvre des politiques publiques en matière de digitalisation, d’innovation technologique et, fait notable, d’usage responsable de l’Intelligence Artificielle en République Gabonaise.

C’est la première fois que l’IA est explicitement inscrite dans le mandat d’une direction générale gabonaise. La DGTE comprend des directions centrales et des services déconcentrés dans les différentes provinces. Ce qui signifie, sur le papier, une présence territoriale que les structures précédentes n’avaient pas.

Le second texte s’attaque à un vide juridique criant : celui du statut des startups. Le décret sur la promotion et la labellisation des startups et des entreprises en transformation digitale leur offre un cadre réglementaire approprié, visant à favoriser leur création, leur promotion et leur internationalisation. Dans un écosystème entrepreneurial gabonais encore embryonnaire, ce texte peut changer la donne, à condition que la labellisation ouvre effectivement des droits concrets : accès au financement, allègements fiscaux, marchés publics réservés.

Un écosystème à construire, une infrastructure à poser

Ces deux décrets ne sont pas isolés. Le même Conseil des ministres a approuvé l’extension du Backbone National Gabonais en mode partenariat public-privé concessif, dans le cadre du projet Gabon Fiber. C’est la couche infrastructurelle sans laquelle les ambitions numériques restent lettre morte. Connectivité, données, institutions : les trois piliers d’une politique numérique crédible commencent à s’aligner. Il a également été approuvé un mode opératoire pour l’encadrement des projets de digitalisation au sein des administrations publiques ; façon de dire que la dispersion des initiatives passées, souvent coûteuses et peu efficaces, doit cesser.

Le tableau d’ensemble est donc cohérent, ce qui est déjà remarquable dans un pays où les politiques sectorielles ont souvent été fragmentées et mal articulées. Mais la cohérence des textes ne garantit pas la cohérence de l’action. La DGTE devra être dotée de ressources humaines à la hauteur de ses ambitions : des profils rares au Gabon dans les domaines de l’IA, de la cybersécurité et de la transformation digitale. Le décret startups devra être suivi de mécanismes de financement concrets. Et Gabon Fiber devra, cette fois, aboutir. Car, ce n’est pas la première fois que le pays annonce un grand chantier numérique sans le mener à terme.

Ce que ce paquet révèle

Ce qui frappe dans ce paquet de mesures, c’est moins chaque texte pris individuellement que leur simultanéité. Le gouvernement a choisi de les adopter ensemble, signalant une vision intégrée plutôt qu’une succession de réponses ad hoc. En créant la DGTE, en dotant les startups d’un cadre juridique et en approuvant l’extension du Backbone national le même jour, il pose les trois étages d’une fusée : l’institution qui pilote, les acteurs qui innovent, et l’infrastructure qui connecte. C’est une logique de système… rare dans l’histoire récente de la politique numérique gabonaise.

Dans un contexte africain où la course à la souveraineté numérique s’accélère, entre l’offensive des géants américains, la présence croissante des acteurs chinois et les ambitions propres des États du continent, le Gabon a intérêt à ne pas rater ce virage. Ce qui se joue ici dépasse le simple cadre administratif : c’est la capacité du pays à se positionner comme un acteur numérique crédible dans la sous-région, à attirer des investissements technologiques et à retenir ses talents locaux plutôt que de les voir partir vers des écosystèmes mieux structurés. Les textes du 22 mai créent les conditions de cette ambition. Reste à les habiter.

 

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GR
 

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