«Vous conviendrez avec moi que ce narratif du ‘’Gabon pays riche’’ est une illusion.» Prononcée devant le Parlement réuni en congrès, la formule présidentielle sonne comme un avertissement salutaire : la richesse d’une nation ne se mesure pas à ce qu’elle détient, mais à ce qu’elle bâtit par l’effort. Adrien NKoghe-Mba*, président de l’Institut Léon Mba, en transpose la leçon à notre patrimoine naturel. Forêt d’exception, faune emblématique, biodiversité unique : autant de dons qui ne deviennent prospérité qu’à force de travail acharné. À travers trois chemins qui l’ont marqué (agroforesterie, écotourisme d’excellence et valorisation des produits forestiers non ligneux), il donne chair à l’appel du Chef de l’État.

«J’ai rencontré des femmes réunies en coopérative qui, à force de travail et de persévérance, ont réussi à faire connaître leur miel forestier bien au-delà de leur village.» (Adrien NKoghe-Mba) © GabonReview

 

«Vous conviendrez avec moi que ce narratif du “Gabon pays riche” est une illusion. Les Gabonais doivent tous en être conscients et se mettre au travail.» Ces mots, prononcés devant le Parlement réuni en congrès pour le discours sur l’état de la Nation  par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, n’ont cessé de résonner en moi depuis que je les ai entendus. Ils rappellent une vérité simple et puissante : la richesse d’une nation ne se mesure pas à ce qu’elle possède, mais à ce qu’elle bâtit par l’effort de ses enfants. Et cette vérité, je la retrouve chaque semaine sur le terrain, lorsque j’observe notre patrimoine naturel et celles et ceux qui le font vivre.

Le Gabon est béni d’une forêt exceptionnelle, d’une biodiversité parmi les plus riches du continent, d’une faune emblématique admirée dans le monde entier. Mais comme le souligne le Chef de l’État, ce don de la nature n’est qu’un point de départ. Sa vraie valeur naît du travail de celles et ceux qui, chaque jour, le font fructifier. C’est cette conviction qui anime cette chronique depuis ses débuts, et qui prend, cette semaine, tout son sens.

Le trésor ne vaut que ce que l’on en fait

On n’est riche que de ce que l’on produit par un travail acharné. Une forêt devient une richesse lorsque des hommes et des femmes l’étudient, la protègent, la font découvrir, en tirent des produits durables. Un parc national devient une richesse grâce à celles et ceux qui, sur le terrain, veillent chaque jour sur les éléphants et les gorilles qui font la fierté du Gabon. Je me souviens d’une rencontre, il y a quelques mois, avec une équipe d’éco-gardes au petit matin, avant qu’ils ne partent en patrouille : leur fatigue, leur fierté tranquille, leur sérieux dans des gestes répétés mille fois. Ce jour-là, j’ai compris très concrètement ce que veut dire « travailler » sa richesse naturelle.

C’est tout le sens de l’appel présidentiel, transposé à notre patrimoine naturel : la nature nous offre un capital exceptionnel, et c’est le travail acharné des Gabonais qui le transforme en prospérité partagée.

Des chemins multiples, et quelques exemples qui m’inspirent particulièrement

Les chemins pour faire grandir cette richesse sont nombreux, et je n’ai pas la prétention de les épuiser dans une seule chronique. L’agriculture durable, la pêche raisonnée, la recherche scientifique, l’artisanat, l’éducation à l’environnement : toutes ces voies méritent d’être racontées, et je le ferai sans doute dans les semaines à venir. Aujourd’hui, je veux m’arrêter sur trois d’entre elles, qui m’ont particulièrement marquée ces derniers temps et qui illustrent, chacune à sa manière, l’esprit de travail acharné appelé par le Président.

Le premier, c’est l’agroforesterie. Plutôt que d’opposer agriculture et forêt, elle les fait travailler ensemble : cacaoyers, fruitiers ou cultures vivrières plantés sous le couvert des grands arbres, qui continuent à protéger les sols et la biodiversité. J’ai eu la chance de visiter une parcelle agroforestière dans l’arrière-pays, où un planteur m’expliquait, avec une patience désarmante, qu’il avait fallu attendre presque dix ans avant que ses cacaoyers, plantés sous les grands arbres préservés, donnent une récolte stable. Dix ans de travail acharné, justement, pour une richesse qui aujourd’hui nourrit sa famille sans avoir détruit un seul hectare de forêt.

Le deuxième chemin, c’est l’écotourisme haut de gamme. Nos parcs nationaux, nos côtes, nos populations d’éléphants et de gorilles attirent un regard mondial, et ce regard devient une richesse lorsqu’il est accueilli avec excellence : des lodges bien pensés, des guides formés et passionnés, des circuits qui racontent une histoire, un service à la hauteur des visiteurs les plus exigeants. J’ai gardé en mémoire le récit d’un jeune guide, formé pendant plusieurs années, capable aujourd’hui de faire vivre à des visiteurs venus du monde entier une expérience à la hauteur de la beauté de nos paysages. Son travail, sa rigueur, sa passion : voilà, concrètement, ce qui transforme un panorama en économie durable.

Le troisième, enfin, c’est la valorisation des produits forestiers non ligneux (PFNL) : miel, plantes médicinales, fruits sauvages comme l’andok ou l’iboga, champignons, écorces, fibres. Ces ressources, connues et utilisées depuis toujours par nos communautés, prennent une nouvelle dimension lorsqu’on y ajoute du travail, de l’organisation et du savoir-faire : transformer, conditionner, certifier, commercialiser. J’ai rencontré des femmes réunies en coopérative qui, à force de travail et de persévérance, ont réussi à faire connaître leur miel forestier bien au-delà de leur village. Ainsi naissent de véritables filières, qui font vivre des familles entières et révèlent au monde des saveurs et des vertus qui n’appartiennent qu’à nous.

Agroforesterie, écotourisme d’excellence, valorisation des PFNL : ce ne sont là que trois illustrations, parmi tant d’autres possibles, d’une même vérité. Dans chacun de ces exemples, la nature offre la matière première, et c’est le travail acharné des Gabonais – agriculteurs, guides, transformatrices, artisans – qui en fait une richesse réelle, mesurable, durable.

Un appel mobilisateur

Cette prise de parole présidentielle est un appel mobilisateur. Elle nous dit que notre avenir se construit par ce que chacun de nous est prêt à entreprendre. Pour notre patrimoine naturel, cela signifie continuer à protéger, mais aussi apprendre, innover, transmettre, transformer – sur ces trois chemins que j’ai choisis de raconter aujourd’hui, et sur tous les autres que je continuerai d’explorer avec vous dans les semaines à venir.

La nature nous donne un point de départ exceptionnel. C’est à nous, par notre travail quotidien, de transformer ce don en avenir. Voilà, je crois, la plus belle manière de répondre à l’appel du Président : faire de notre patrimoine naturel une richesse que l’on construit, chaque jour, avec fierté.

*Président de l’Institut Léon MBA

 
GR
 

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