Masques Kota : quand le luxe européen piétine le patrimoine gabonais
Alors que le Gabon amorce une refonte ambitieuse de son paysage culturel — notamment avec le projet de loi sur la création du Musée national, examiné en Conseil des ministres le 23 octobre dernier —, une affaire troublante vient ternir cette dynamique. La marque européenne de luxe Keur Amy Langseth commercialise des sacs à main ornés de reproductions fidèles de masques Kota, emblèmes sacrés du patrimoine gabonais. Une appropriation qui suscite une vague d’indignation sur les réseaux sociaux depuis quelques jours.

La marque européenne de luxe Keur Amy Langseth commercialise des sacs à main ornés de reproductions fidèles de masques Kota. © D.R.
Le paradoxe est d’autant plus saisissant que le projet de loi adopté en Conseil des ministres, le 23 octobre dernier, prône la restitution des biens culturels. Pourtant, aucune disposition ne semble anticiper la protection juridique des objets d’art et reliques traditionnelles. Une faille mise en lumière par la polémique autour de la marque Keur Amy Langseth, accusée d’exploiter des masques Kota sacrés sur des sacs à main de luxe. Les accessoires de la marque européenne sont vendus à prix fort, sans mention de collaboration avec les autorités culturelles gabonaises ni avec les communautés détentrices de ces symboles.
La fondatrice, Amy Langseth, affirme célébrer «l’art africain». Mais sur TikTok, où ses vidéos promotionnelles sont devenues virales, les réactions gabonaises sont sans appel : appropriation culturelle, marchandisation identitaire, mépris des codes sacrés. La colère gronde.
Des reliquaires détournés, un appel à la réaction

Une vue du masque Kota. © D.R.
Les masques Kota ne sont pas de simples ornements. Utilisés comme reliquaires funéraires et porteurs de spiritualité, ils incarnent la mémoire, l’identité et la dignité d’un peuple. Leur détournement à des fins commerciales, sans reconnaissance ni respect des traditions, constitue une offense grave aux communautés concernées.
L’initiative de Keur Amy Langseth, présentée comme un hommage, s’apparente à une réappropriation décomplexée où l’esthétique prime sur l’éthique. Aucun partenariat, aucune redevance culturelle, aucune consultation : le silence est total.
Face à cette situation, le silence des institutions gabonaises interroge. Le ministère de la Culture est attendu au tournant. L’enjeu dépasse le simple objet : il s’agit de défendre la souveraineté culturelle, de protéger le patrimoine immatériel et de faire respecter les droits des peuples autochtones.
Laisser faire, c’est cautionner la banalisation de l’identité nationale. Il est temps d’agir.
Thécia Nyomba (Stagiaire)















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