Projeté en avant-première à l’Institut français du Gabon (IFG), le jeudi 18 juin 2026, le court métrage documentaire «Mindoubé», réalisé par Matamba Kombila, a suscité une vive émotion auprès d’un public venu nombreux. Pendant quinze minutes, la réalisatrice plonge les spectateurs au cœur de la décharge de Mindoubé, devenue au fil des décennies le symbole des dérives de la gestion des déchets dans la capitale gabonaise.

Les panelistes en pleine discussion sur les solutions face à la pollution au Gabon, le 19 juin 2026 à Libreville. © GabonReview

 

Tout part des images, présenté le 18 juin à l’Institut français du Gabon (IFG) le film «Mindoubé» expose les conséquences environnementales et sanitaires d’un site exploité depuis plus de quarante-cinq ans. Pollution des eaux, destruction des mangroves, prolifération des déchets plastiques, risques sanitaires et précarité sociale s’entremêlent dans un récit qui donne la parole aux habitants contraints de vivre à proximité de cette montagne d’ordures.

Le documentaire suit notamment une femme qui, les pieds dans les détritus, récupère des objets destinés à la revente afin de subvenir aux besoins de sa famille. Plus loin, la caméra montre la rivière Lowé, envahie par des milliers de bouteilles et autres déchets plastiques qui finissent leur course vers la mer, transformant progressivement cette ressource naturelle en source de pollution.

Pour la réalisatrice, Matamba Kombila, l’inspiration du film est née de cette colline artificielle, haute de plusieurs dizaines de mètres et couvrant une dizaine d’hectares, devenue un élément du paysage librevillois. «Cette colline n’existerait pas si nous n’y avions pas accumulé des déchets depuis quarante-cinq ans», explique-t-elle, soulignant que les populations riveraines vivent quotidiennement au contact d’un environnement dégradé, avec des conséquences sanitaires de plus en plus préoccupantes.

Des échanges centrés sur les solutions à la pollution

Moments de la projection. © GabonReview

Au-delà du constat, la réalisatrice souhaite faire de son œuvre un espace de réflexion collective sur les solutions à apporter afin que cette situation ne se reproduise plus. C’est dans cette optique qu’un débat a été organisé autour du thème : «Imaginer les circuits de recyclage de demain».

Les échanges ont réuni plusieurs experts du développement durable et de la protection de l’environnement. Le Dr Saint Bickolard Mabicka Iwangou, spécialiste en sciences du bois, a rappelé le rôle essentiel des mangroves dans la lutte contre les changements climatiques, tout en alertant sur les effets destructeurs des décharges sauvages sur ces écosystèmes fragiles et sur la biodiversité aquatique.

Des chiffres préoccupants ont également été évoqués concernant la pollution plastique qui affecte les zones de débarquement et les cours d’eau du pays, avec des millions de déchets recensés ces dernières années, dont une part importante constituée de plastique.

De son côté, Afame Edou Tchouindo, expert en développement durable et consultant en responsabilité sociétale des entreprises (RSE), a insisté sur la nécessité de renforcer la sensibilisation et de développer une véritable économie circulaire. Selon lui, les métiers du recyclage peuvent constituer une source d’emplois pour les jeunes tout en contribuant à la préservation de l’environnement.

Des pistes pour la valorisation des déchets

Les discussions ont également mis en avant plusieurs pistes de valorisation des déchets : amélioration du tri sélectif, réutilisation des matériaux, recyclage énergétique ou encore fabrication de pavés et de chevrons à partir de plastique recyclé.

Tous les intervenants ont convergé vers une même conclusion : seule une évolution durable des comportements des citoyens, des producteurs et des collectivités permettra de réduire durablement la pollution et de préserver les écosystèmes gabonais.

Ainsi, Matamba Kombila livre bien plus qu’un documentaire. Elle propose une interpellation citoyenne et invite chacun à réfléchir aux responsabilités collectives face à une urgence environnementale qui ne peut plus être ignorée.

Thécia Nyomba 

 
GR
 

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