En portant la troisième édition de la fête de la Libération à Makokou, le 30 août prochain, l’État place sous les projecteurs l’une des provinces les plus enclavées du pays. Derrière la liesse annoncée se joue un pari : transformer une commémoration nationale en accélérateur de développement pour un territoire que la dynamique pétro-minière côtière a longtemps laissé à l’écart.

Sur la place de l’Indépendance, le complexe banque-mall de Makokou sort de terre à l’approche de la fête de la Libération. © D.R.

 

Le procédé n’est pas nouveau. Depuis son institution, la fête du 30 août change de province chaque année, et les autorités en assument ouvertement la logique : orienter vers l’intérieur du pays des équipements structurants, au nom d’un développement plus équilibré. L’an dernier, Tchibanga et la Nyanga en avaient tiré casernes, complexes sportifs et chantiers de désenclavement. C’est désormais au tour de l’Ogooué-Ivindo d’espérer sa moisson d’infrastructures.

Une province riche de promesses, pauvre en équipements

Le nouveau siège de la CNSS à Makokou, en voie d’achèvement, appelé à remplacer les locaux provisoires de la caisse. © D.R.

Le paradoxe de l’Ogooué-Ivindo tient en une phrase : un sous-sol parmi les plus convoités du continent, une surface parmi les moins aménagées du pays. La province abrite le gisement de fer de Bélinga, présenté comme le «projet du siècle», dont 1,4 milliard de tonnes ont déjà été certifiées. Mais le ministre des Mines lui-même situe l’exploitation pleine à l’horizon 2030 : la richesse demeure, pour l’heure, une promesse.

En attendant, la province reste peu peuplée, faiblement industrialisée et mal reliée au reste du territoire. Malgré quelques exploitations forestières, son activité demeure largement primaire (forêt, chasse, petite agriculture) et son intégration au corridor Port-Gentil-Libreville-Haut-Ogooué, ténue. C’est dans ce décalage entre potentiel et réalité que s’inscrit le rendez-vous du 30 août.

Une ville qui se refait, des routes qui attendront

Au milieu de la forêt défrichée, le chantier des 50 logements de Mayiga, l’un des projets-phares du 30 août à Makokou. © D.R.

Le programme engagé ne se limite pas au décor. À côté du bitumage de quelque 30 km de voiries urbaines, du nouveau marché municipal et de l’éclairage public, figurent des équipements réellement structurants : logements sociaux à Mayiga, bâtiment administratif regroupant les services de l’État, centre de formation professionnelle, réhabilitation du centre des grandes endémies et projets sanitaires de proximité. La relance de l’hôtel du Relais de l’Ivindo, resté inachevé depuis la fin des années 1990, vaut à elle seule symbole d’une promesse longtemps différée.

Mais c’est sur le désenclavement que se mesurera la portée réelle de l’exercice, et c’est là que le calendrier impose ses limites. Les grands axes qui décideraient de l’avenir de la province, Ovan-Makokou, Makokou-Okondja ou l’artère Alembé-Lopé, se comptent en centaines de kilomètres et ne se livrent pas en deux mois. La fête les aura lancés ou accélérés, non achevés. Le 31 août, Makokou aura une ville rénovée, ses routes vers le reste du pays, elles, resteront un chantier ouvert.

Une cagnotte doublée, un pari sur le concret

© D.R.

Un élément nouveau pourrait jouer en faveur de Makokou. Le projet de loi de finances rectificative 2026, en examen à l’Assemblée nationale, prévoit de porter l’enveloppe des fêtes nationales de 8,6 à 18,6 milliards de FCFA, soit un doublement. À enveloppe doublée, ambition potentiellement rehaussée : l’Ogooué-Ivindo pourrait être la première province à bénéficier de projets plus substantiels, à la hauteur de moyens inédits. L’hypothèse est permise, et elle mérite d’être posée, en espérant que, le 30 août prochain, le Président Oligui Nguema annoncera d’autres projets ou posera quelques premières pierres de chantiers à démarrage à court terme.

Reste le calendrier, qui invite à la prudence. À deux mois de l’événement, les chantiers sont déjà engagés et leurs gabarits arrêtés ; un crédit voté tardivement laisse peu de marge pour reconfigurer des projets en profondeur. Surtout, ce même budget rectificatif réduit de 99 % les aides aux familles : la générosité accordée aux célébrations y contraste avec la rigueur imposée au social. Tout l’enjeu, pour l’Ogooué-Ivindo, sera de prouver que cet argent aura bâti autre chose qu’une belle journée.

 
GR
 

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